A l’extrémité de la Défense, en pleine vue de tous, mal connue, discutée, critiquée, admirée. Une des plus fantastiques réalisations architecturales de l’ère moderne, une oeuvre conceptuelle, qui n’aurait jamais du voir le jour, n’aurais jamais pu être construite sans la vision folle et passionnée d’hommes d’exception. Une oeuvre qui ne cesse de donner une leçon d’humanité, de force et de folie de l’homme.

Le cube, l’arche, l’arche de l’humanité, la grande arche, affublée de noms selon le regard, silencieuse au bout d’une perspective qui coupe la ville, décalée de 6,5 degrés sur cet axe, terminant une première ligne et en ouvrant une seconde.

Dans la mémoire du père, elle vit, perd ses habits, les reconstruit, cherche sa raison d’être qui depuis sa genèse reste une interrogation permanente pour les hommes qui lui ont donné la vie.

« La grande Arche » de Laurence Cossé, la couverture beige de Flammarion.

Une écriture magique, des changements de rythme d’une esthétique à faire pleurer, une précision anthropologique, une narration journalistique, la musique évolutive, le souffle permanent. Il n’y a pas de temps morts dans l’histoire de l’arche et dans son écriture, il n’y en aura jamais.

Une mélange rare, une histoire, une enquête, un roman de vie, un thriller, un voile levé sur le drame de Johan Otto von Spreckelsen, architecte danois, inconnu, mais vraiment totalement inconnu, très beau, ailleurs, pas avec nous, des chaussures confortables impossibles, qui n’a jamais rien construit d’autre que sa maison et quatre églises sublimes, rien d’autre, et qui va, au crépuscule de sa vie, concevoir sur un coin de table le projet qui va surpasser anonymement 424 cabinets d’architectes…

On lit « La grande Arche », et tout s’estompe dans les brumes de la Défense, les batailles politiques puériles, les intérêts économiques malhonnêtes, les oppositions éternelles entre école conceptuelles et écoles fonctionnelles, le rêve et la raison. Et vous réalisez que l’Arche est le témoin de votre combat de l’instant.

Page 355, le rideau tombe sur le drame, les lumières s’éteignent et on reste muet. Les acteurs principaux ne sont plus, seuls subsistent les proportions vertigineuses de l’oeuvre, sa dominance, son nuage, ses marbres qui s’effritent, des mensurations à rendre jalouses les plus belles pyramides, son silence.

Là-bas, au bout de la ligne, les hommes sont à l’oeuvre pour maintenir la vie de l’Arche, pour des siècles et des siècles comme disait quelqu’un…